Maison Ernest : Isabelle Bordji, une princesse à Pigalle pour le plus ancien chausseur parisien

Isabelle Bordji, une princesse à Pigalle pour le plus ancien chausseur parisien

Isabelle Bordji, fille d’altesse royale de la dynastie javanaise Pakualaman III En Indonésie on l’appelle simplement “altesse Isabelle” son nom Indonésien est Prawesti. C’est la branche catholique, car le roi, son arrière grand père s’est converti au catholicisme afin de sceller la paix avec les hollandais après 300 ans d’occupation. De nombreux ancêtres sont des héros de l’histoire indonésienne cités dans les livres d’histoires et certains même sur les billets de banque. Son parcours : Le Cours Berçot, elle lance sa première collection de chaussures (fabriquées en Indonésie) puis elle devient directrice artistique de CERVIN (les bas couture) avant de devenir propriétaire et directrice artistique de Maison Ernest il y a trois ans.

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Qui êtes vous Isabelle Bordji ?

J’ai su à 7 ans ce que je voulais faire : ce serait la mode, dessiner des robes, des accessoires et surtout… des chaussures. La « faute » à ma mère, dont les paires de talons hauts de Ted Lapidus, Roger Vivier ou autres Maud Frizon me subjuguaient littéralement. Mon éducation un peu particulière a également joué son rôle : quand on a une mère princesse javanaise, et un père originaire des montagnes de la petite Kabylie, on appréhende le monde peut-être différemment. Pour parler de ma mère, et de sa famille, il s’avère que mon grand-père maternel était roi, issu de la dynastie javanaise Pakualaman III. J’ai des héros parmi mes ancêtres, que l’on célèbre dans les livres d’histoire indonésiens, certains même apparaissent sur les billets de banque du pays (l’Indonésie n’a été créée qu’en 1945, regroupant plusieurs royaumes, dont le plus important celui de Java). Notre côté de la famille est catholique ce qui est étonnant dans un pays à 90% musulman. Cela s’explique par le fait que mon arrière-grand père, alors le roi, décida de se convertir au catholicisme afin de sceller la paix avec les hollandais, après 250 ans de colonisation. La branche voisine, musulmane, consacre le sultan, dont l’actuel est le cousin de ma mère. Bien que ces titres d’altesses royales ne soient plus qu’honorifiques (le palais royal de mes ancêtres est à présent un musée, et ma grande tante, dernière descendante vivant encore dans l’enceinte du palais, est décédée il y a déjà quelques années), l’éducation reste très ancrée dans notre ADN : la famille royale se doit d’être au service du peuple, et jamais l’inverse. Peut-être que mon envie d’offrir de la beauté et du confort aux femmes est-elle naît de là ? Ainsi, ma mère a pu faire se études à l’étranger : Japon, Etats-Unis, Angleterre, et enfin la France. Elle y rencontra mon père. Tout les opposait, ils décidèrent pourtant de se marier contre l’avis de mon grand-père. Pourtant ce sont bien les mêmes valeurs qui ont rapproché mes parents : vivre pleinement, en toute simplicité, et en toute liberté de protocole ou autre obligations dues à un rang de princesse. Quand je la questionne aujourd’hui, ma mère ne regrette pas une seule seconde son choix : elle a la vie dont elle avait toujours rêvé, incognito, simple, à la française, dans le sud de la France. Mon parcours scolaire n’avait ainsi qu’un but : arriver à des études dans la mode. Après un Bac Arts Plastiques et un BTS Stylisme Modélisme, j’ai intégré le Studio Berçot, dont l’enseignement a été pour moi une véritable révélation, voire même une confirmation. Déjà à cette époque, Marie Rucki disait de mon travail : « Elle, ce sera les chaussures ».

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Après être passée par le secteur du prêt-à-porter de luxe avec le groupe Pastor, puis dans les bas couture à l’ancienne en tant que directrice artistique, le destin a mis Ernest, à l’époque, sur mon chemin. Je n’ai pas réfléchi quand cette opportunité s’est offerte à moi : j’ai foncé direct ! Aujourd’hui, cette identité mêlant le Paris canaille datant du début du 20e siècle au luxe m’épanouit vraiment en terme de potentiel de développement et de création. Afin de renouer avec son identité parisienne j’ai rebaptisé « Ernest », « Maison Ernest ». L’identité visuelle a été repensée afin de redonner son caractère 1900 et Art déco à la maison, en y intégrant une vraie modernité, pour une expérience client unique au sein de la boutique historique datant de 1904. Je ne perds pourtant pas de vue le confort des souliers. Comment le pourrais-je alors que je suis maman de 3 enfants de 3, 6 et 7 ans ! Ils sont ma priorité avant tout, et je leur consacre tout mon temps libre. Je n’oublie pas pourtant de me cultiver de l’intérieur : encore une philosophie javanaise qui insiste sur le fait que tout émane de l’intérieur. La nourriture spirituelle étant une nourriture à part entière. Piano, Yoga, boxe anglaise sont mes activités favorites, et j’aimerai parfois y consacrer plus de temps ! Il faut dire que pour le travail je voyage énormément à travers le monde (rien que ces 10 derniers mois je me suis rendue dans 12 pays différents en Europe, Asie, Moyen Orient, Amérique du Nord et Amérique latine), ainsi quand je suis à Paris je peux me montrer parfois un peu casanière… J’ai la chance d’habiter un quartier multiculturel très riche, le 20e, à l’entrée du parc de Belleville. Cette simplicité et ces mélanges me font du bien, car cela correspond à mon éducation. Il est normal alors que je me sente aussi à l’aise dans le quartier de Pigalle…

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Isabelle Bordji Maison Ernest